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La galerie Confluence à Nantes expose Emilie DELUGEAU du 17 novembre au 23 décembre 2017.

La série photographique We must meet apart d’Emilie Delugeau est titrée d’après un des grands poèmes amoureux de l’américaine Emily Dickinson (1830-1886). Un tel choix, radical lorsqu’on connaît les complexités d’interprétation qui entourent cette oeuvre littéraire, se doit d’être commenté. Ce poème décline en plusieurs strophes l’impossibilité de l’amour et de la rencontre, aussi bien dans la vie que dans la mort. La dernière strophe, citée ci-dessus en exergue, propose une résolution en forme d’oxymore (meet apart) qui introduit un suspens entre possibilité et impossibilité : une rencontre qui ne résoudrait pas la séparation, ni ne serait dissoute par elle. Ou encore : une forme de désespoir qui ouvre à une forme de salut (les deux derniers vers). Entre les êtres aimants se tient une porte, à la fois communication et séparation, mais ce qui sépare est vaste comme un océan, ou comme l’espace infini de la prière. Cet entr’ouvert (the Door ajar) est le seul espace de l’amour, et de la poésie. Le poème se clôt sur une question sans réponse….

C’est dans cet espace poétique de l’entr’ouvert qu’Emilie Delugeau inscrit son approche photographique du monde. L’obturateur de l’appareil photographique est aussi cette porte entr’ouverte, interface entre l’ombre et la lumière. C’est en se tenant du côté de l’ombre (la camera obscura) que le photographe peut voir la lumière. Ce rapport paradoxal entre l’ombre et la lumière a été exprimé par les danseurs du butô, cette « danse des ténèbres » née au Japon dans les années 1960. « L’obscurité est le meilleur symbole de la lumière, on ne peut pas comprendre la nature de la lumière si l’on n’observe pas profondément les ténèbres », disait Hijikata Tatsumi, fondateur du butô, qui définissait celui-ci comme une « danse invisible ». Emilie Delugeau cite dans ses influences majeures Eikoh Hosoe, photographe japonais dont plusieurs séries photographiques (Kamaitachi, Simmon,a private landscape…)ont été réalisées avec des danseurs du butô ou des performers du théâtre expérimental japonais des années 1970. Pour Eikoh Hosoe, l’acte photographique est une scène qui accueille une performance jouée à la fois par un acteur et par un photographe. Ses séries proposent tour à tour une approche chorégraphique et érotique du corps, un voyage introspectif et métaphysique dans le paysage naturel ou urbain, la mise en scène d’un espace mental (son travail avec Mishima). Comme le disait Hosoe : « Pour moi la photographie peut être à la fois un enregistrement et un miroir ou une fenêtre sur l’expression de soi…

L’appareil photo est en général considéré comme incapable de décrire ce qui est invisible à l’oeil et pourtant, le photographe qui le manie convenablement peut décrire ce qui gît, invisible, dans sa mémoire ».

Galerie Confluence
45, rue de Richebourg
44 000 Nantes
du mercredi au samedi de 15H à 19H
Exposition du 17 novembre au 23 décembre 2017.
Vernissage le jeudi 16 novembre, à partir de 18H30 En présence de l’artiste
Rencontre avec l’artiste le samedi 18 novembre, de 15H à 17H